19 sept Enfants et animaux domestiques: joies et peines

Chaque animal domestique a son caractère et chaque famille qui l’accueille ses spécificités mais quelle que soit la place que le premier occupe au sein de la seconde, quand il vient à la quitter, il laisse un grand vide assorti de sentiments forts et de questionnements percutants.

Vous le savez, en règle générale, la Magic Team ne recule devant aucun sacrifice pour vous parler des sujets qu’elle développe à votre attention en toute connaissance de cause. Réaliser et goûter chaque semaine la recette du mardi, imposer aux Haricots de courir en chaussons DiDooDam, de dormir avec une veilleuse Barbapapa et un doudou Raplapla, aller au concert d’Ici Baba, se faire tirer le portrait par Danièle Hustin ou masser par Thea de Manoveda… En fait, nous consentons avec grand plaisir à ces nombreux impératifs car ce sont “les risques du métier” comme on dit! ;)

Pour autant, on se serait bien passés d’avoir l’occasion d’aborder le sujet “animaux domestiques et enfants” sous le triste angle du décès d’un compagnon félin. Pourtant, comme ces moments-là font aussi partie de la vie de famille, ils ont sans conteste leur place ici.

Dans le cas présent, notre chat mâle de deux ans et demi, arrivé tout bébé après Haricot 1 (5 ans) et peu avant Haricot 2 (2 ans) avait décidé de développer largement et dès le départ sa fonction pot de colle au mépris de toute prudence élémentaire. Cela faisait de lui, parfois contre son gré, un compagnon de jeu idéal et un oreiller à ronrons à câliner à l’envi. D’aucuns – comme Homme, sans vouloir le dénoncer – le trouvait souvent “trop envahissant” ou “aussi dépendant qu’un chien” mais s’inclinaient aussi devant ses talents de “killer de mouches”, de “terreur des rongeurs” et de “siesteur professionnel”.

Bref, tout roulait avec plus d’avantages (modèle d’intérieur et d’extérieur, familier, pas trop vecteur de puces…) que d’inconvénients (ni allergie, ni coup de griffe facile…) jusqu’à ce que, pour une raison inconnue, ça s’arrête de tourner.

Quand, un soir de la semaine dernière, j’ai franchi la porte avec les enfants sans manquer de l’écraser tant il tournait entre nos jambes pour fêter notre retour, j’ai noté sa surprenante absence… avant de poursuivre la valse quotidienne des bains et repas des kids.

Ce n’est qu’une fois les Haricots couchés que la sensation désagréable m’a à nouveau assaillie. Toujours pas rentré. Quand, après l’avoir longuement appelé, il a fini par rejoindre la terrasse d’une démarche mal assurée, mon mauvais pressentiment s’est confirmé, assorti d’une pointe de culpabilité: la hiérarchie des urgences familiales lui avait sans doute fait perdre un temps précieux. Etre chat dans une famille a l’inconvénient de n’être pas le seul centre d’intérêt, voire d’être parfois la dernière des préoccupations…

Avant les enfants, j’étais ce qu’on appelle parfois avec une pointe de moquerie une “mémère à chats”, depuis eux, je (ne) suis (plus qu’) une mère qui aime toujours les chats… et à qui l’aspect général du sien ne disait rien qui vaille.

Première visite chez le véto: rien à signaler d’autre qu’une importante perte de poids. En attendant les résultats de la prise de sang, pâte digestive pour inviter le Triste Chat à se réalimenter, antibios. Message aux enfants: “Plume est un peu malade. On cherche avec son docteur ce qu’il a. Il doit surtout se reposer.” Verdict chez notre Haricote 1, anxieuse de service: pas d’inquiétude a priori.

Le lendemain matin, Triste Chat s’était exécuté. L’écuelle était vite. Bon signe, non? Sauf que le soir, en fait, non. Triste Chat semblait s’en aller à petit feu alors même que ses analyses de sang étaient parfaites. Une nouvelle consultation chez le véto, accompagnée (parce que contrainte) des deux Haricots qui, chacun à leur manière, ont rendu la visite épique; suspicion d’une douleur plus importante dans la région dorsale ou intestinale. Des antidouleurs et on fait le point demain. Enfants? Toujours pas inquiets.

Après une nuit, pas d’amélioration, que du contraire. Un regard vitreux et plus de réaction hormis des miaulements de douleur. Durs à supporter. Les enfants, en déplacement – tant mieux – chez leurs grands-parents, ne demandant pas de nouvelles, nous nous abstenons de communiquer le dernier bulletin de santé.

En définitive, c’est la mémère à chat en moi qui commençait le plus gravement à perdre pied. J’ai heureusement pu compter sur la présence et le soutien de l’autre tiers féminin de la Team qui a rendu les derniers examens (radio: RAS) et échographie (estomac et intestin HS mais sans cause apparente) moins insupportables.

Restait avant de prendre, au vu de la souffrance qui était celle de notre ombre de félin, la décision qui s’imposait, à expliquer à Haricot 1 pourquoi je m’apprêtais à aller assister la véto dans cette tâche ingrate et en quoi elle allait consister.

Haricot 1, sérieuse et franche: “C’est pas grave, Maman. S’il a très mal, c’est mieux de le laisser s’endormir pour mourir. Où il va aller après? Au ciel?”

Maman, les larmes aux yeux: “Je ne sais pas où on va quand on est mort, ma chérie. Certains disent au ciel. Moi je pense surtout que ceux qui s’en vont restent dans notre cœur quand on continue de penser à eux”.

Haricote 1, désarmante de logique: “Alors dis-lui que je l’aime et qu’il sera toujours dans le ciel de mon cœur.” … “Mais Maman, pourquoi tu as de l’eau sur les joues?”

Depuis que c’est fait et qu’en bon logisticien Homme s’est empressé de débarrasser la maison de tout matériel félin, je ressens son absence dans chacune des pièces de la maison. Haricote 1 aussi mais dans un trend actuellement nettement plus positif que le mien. “Oh regarde, une mouche. Plume, Pluuuume. Celle-là, elle est pour toi. Allez, mouche, va au ciel!” :)

L’idée était qu’on en parle. Car à travers tout, y compris des événements tels que ceux-là, c’est la ligne éducative que nous tentons de suivre. Pour le coup, ça marche au delà de nos espérances. Au point de faire face à des interrogations du type: “Dis, tu l’as vu monter au ciel?”

“Euh… non…”

“Ah, quel coquin. Il a attendu que tu sois partie pour pas que tu saches où il allait. Mais moi je sais!” :)

Puis, au détour d’une consultation-jeu chez le docteur où je joue la patiente, le diagnostic de mon docteur de fille est sans appel: “Vous êtes très malade. Vous devez rester chez le docteur. Mais vous n’allez pas mourir.”

Ouf! C’est déjà ça. Il ne manquerait plus qu’elle  croie que c’est d’office lié! Pas sûre d’être au bout des questions ni d’un chagrin à retardement mais à chaque jour suffit sa peine…ou sa grâce!

Bon vent, Plume!

 

Haricot Magique
info@haricotmagique.be
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