06 fév Entre bleu clair et bleu foncé

L’offensive tardive de cet hiver aura, semble-t-il, surpris tout le monde: depuis nos décideurs, rattrapés par la crise de l’accueil des demandeurs d’asile, jusqu’aux services d’épandage, pris eux-mêmes au piège des embouteillages monstres que l’apparition de la neige avait causés, en passant par… chacun d’entre nous, qu’un excès d’optimisme avait conduit à ranger avant l’heure les accessoires de saison. Coucou, les revoilou: les grosses chaussettes, les écharpes et les bonnets en laine, les cagoules, les gants, les moufles… C’est qu’il faut se protéger du Froid, avec un grand ‘F’, en particulier s’agissant de nos chers Haricots!

Subsistait une inconnue: comment occuper ces derniers durant le week-end, avec un thermomètre restant franchement dans le… bleu? Bien sûr, le premier réflexe a été de consulter l’agenda de Haricot Magique! ;-) Mais la neige étincelant sous le soleil nous faisait de l’œil. Et puis, il y avait cette envie d’embrayer sur l’initiation à la peinture donnée à l’école (Dubuffet, Léger, Haring, Kandinsky, Mondrian…) en faisant découvrir à nos Haricots d’autres peintres, d’autres époques. Alors, que choisir? Extérieur versus intérieur: finalement, on n’a pas tranché, on a testé les deux! Avec un résultat oscillant entre bleu clair et bleu foncé.

Samedi, en mode extérieur. Dominante bleu clair, couleur d’un ciel sans nuage, surplombant le parc où nous nous étions rendus avec un autre accessoire de saison: la luge. Couleurs vives, tout comme l’air qui fouette les visages. Glissades contrôlées de Haricot 2 & 3 sur les pentes (légèrement) enneigées. Frissons garantis, tant du point de vue des sensations que de la température ambiante! Après une heure de descentes et remontées ininterrompues, Haricot 3 lâche: “Z‘ai froid aux pieds”, malgré les bottes de cosmonaute qu’il avait enfilées. Fin de la première manche (après quelques prolongations accordées à Haricot 2).

Dimanche, en mode intérieur. Dominante bleu foncé, couleur des murs du musée d’Art ancien, qui accueillent des Brueghel, Metsys, Bosch, Cranach… Couleurs ternes qui desservent les toiles des grands maîtres, avec une mention spéciale pour la salle principale où sont exposés les Brueghel, particulièrement mal éclairée. Incompréhensible. Ici aussi, manque de chaleur garanti, tant du point de vue de la température des salles parcourues que de l’ambiance! Ce qui n’empêche pas les Haricots de poser mille questions: “Pourquoi on a coupé la tête au Monsieur?”, “Pourquoi ils sont tout nus sur le tableau?”… Ni nous de revisiter nos classiques: la tour de Babel, la chute d’Icare… Après une heure de visite, Haricot 3 a définitivement décroché. Fin de la seconde manche.

Pieter Brueghel l’Ancien: ‘Paysage d’hiver avec patineurs et trappe aux oiseaux’ – legs Delporte-Livrauw [1]

Résultat des courses: match nul ou plutôt, comme jadis chez Jacques Martin, “tout le monde a gagné” puisque, dans un cas comme dans l’autre, l’objectif était atteint: après-midi réussie, faisant fi du climat. Seuls les parents resteront un peu sur leur faim après cette visite décevante d’un musée qui semble incapable de mettre en valeur les collections pourtant très riches qu’il renferme: accueil minimaliste, absence de muséographie, salles fermées… assurément, les œuvres méritent mieux, Bruxelles aussi!

[1] Le docteur Franz Delporte fut professeur honoraire à l’Université libre de Bruxelles, où il avait défendu en 1912 une thèse de doctorat sur l’embryon humain. Cet homme de notoriété internationale fut aussi un collectionneur avisé. A la fin de sa vie, il s’entretint avec le conservateur en chef des Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, le baron Roberts-Jones, de la possibilité de léguer sa collection, et c’est finalement en 1973 que ce qui était alors le legs le plus important jamais accordé au musée fit son entrée dans l’institution. Malheureusement, la plupart des 229 œuvres qui composaient cette collection sont aujourd’hui inaccessibles au public.
Laurent Daube
laurent@haricotmagique.be
No Comments
  • evelyne
    Posted at 17:30h, 10 février Répondre

    J’apprécie encore et toujours Jean-Jacques Goldman ! Mais j’aime aussi la couleur de ce billet, cher Laurent.
    Félicitations à vous deux, courageux parents qui avez partagé de jolis moments avec leurs Haricots malgré un temps à ne pas mettre le nez dehors !

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