05 mar Fille ou garçon… en option?

Au nombre des légendes familiales qui ont traversé les générations jusqu’à nos jours, celle de la naissance du quatrième enfant de mon arrière-grand-père paternel – et homonyme – figure en bonne position. Déjà papa de trois filles et espérant manifestement l’arrivée d’un petit garçon, alors que l’infirmière-accoucheuse était venue à sa rencontre lui annoncer, tout sourire, “Félicitations, Monsieur, c’est une fille”, celui-ci se serait donc exclamé “Nom de Dieu”! 8O Finalement, les souhaits de celui qui fut président de la Bourse de Bruxelles au début du siècle dernier furent exaucés par la suite avec la venue au monde de deux fils.

Le rêve de choisir le sexe des enfants habite l’humanité depuis le fond des âges. Des fresques préhistoriques suggèrent que les couples se livraient déjà à des cérémonies propitiatoires pour maîtriser la nature. Et, pour des questions de survie, les hommes de Néandertal réduisaient leur surpopulation par l’infanticide… des filles, surtout. Car il faut bien constater, historiquement et culturellement, que les ‘recettes’ pour tenter de tirer le bon numéro se sont souvent orientées vers la conception d’un garçon: garantie de la pérennité de la lignée et du patronyme, honneur et mémoire des ancêtres…

Les Grecs croyaient que les garçons trouvaient leur source dans le testicule droit et ils recommandaient soit de lier le testicule gauche, soit même de l’amputer! Une idée qui s’est perpétuée jusqu’au Moyen-Âge… D’autres formes de superstition eurent également la vie dure pour favoriser la conception d’un enfant mâle: des rapports par temps sec (pas simple en Belgique :-?), par vent du Nord ou par nuit de pleine lune, le port de bottes (seyant 8-) ) ou même d’une hache (pratique ;-)) au lit pour Monsieur, la consommation de viande rouge ou d’aliments aigres (bon appétit! :roll:) pour Madame… Dans un autre registre et toujours pour Madame, demander à un jeune garçon de lui marcher sur la main droite (aïeuh! :-x) ou de s’asseoir sur ses genoux le jour de la noce, voire même se coucher avec lui (ah, celui qui a inventé ça, c’était un malin, tiens… :mrgreen:). Aujourd’hui encore, la crédulité fait confiance aux régimes alimentaires, aux jours fécondants dans le cycle menstruel… tant d’efforts déployés depuis des siècles pour un résultat comparable à un jeu de pile ou face!

Mais, tout comme l’aéronautique a transformé le mythe d’Icare en réalité, les progrès scientifiques et techniques, singulièrement en biotechnologie, permettent aujourd’hui de caresser ce qui n’était qu’un fantasme il y a encore trente ans. Concrètement, la sélection sexuelle de l’enfant peut-être réalisée soit avant la conception, par un tri des spermatozoïdes en laboratoire suivi d’une insémination, soit après la conception mais avant l’implantation de l’œuf dans l’utérus, le tri s’opérant alors sur des embryons fécondés in vitro et dont le sexe a été déterminé par biologie moléculaire.

Une révolution qui n’a pas été sans poser rapidement de nombreuses questions sur le plan de l’éthique et qui ouvre potentiellement la porte à l’eugénisme. Ce qui a conduit de nombreux pays à légiférer sur cette question complexe. Aux Etats-Unis, contrairement à la plupart des pays occidentaux, le diagnostic génétique préimplantatoire (DGPI) des embryons réalisé à l’occasion d’une fécondation in vitro (FIV) est légal, quelles que soient les motivations des futurs parents. En Belgique, la loi du 6 juillet 2007 relative à la procréation médicalement assistée interdit de recourir aux techniques de procréation médicalement assistée (PMA) dans le seul but de choisir le sexe de l’enfant, sauf lorsqu’il s’avère qu’une maladie est directement liée au sexe de cet enfant (par exemple, la maladie de Duchêne, transmissible par la mère à l’embryon mâle).

Derrière ces différences fondamentales d’approche, ce sont en réalité deux visions diamétralement opposées qui s’opposent: d’un côté, les partisans du respect de l’autonomie des couples – et en particulier des femmes – qui pourraient librement, et seul-e-s, choisir le sort de leur fœtus. De l’autre, les défenseurs de l’égalité des sexes, qui s’opposent à un choix discriminatoire, non médicalement justifié, au détriment de l’un ou l’autre sexe. Tout un symbole à l’approche de la journée internationale des droits des femmes, ce jeudi 8 mars! Et les techniques sophistiquées offertes par la biotechnologie ne doivent pas occulter le fait qu’à l’heure actuelle, la méthode la plus largement utilisée, partout dans le monde, pour procéder à la sélection du sexe de l’enfant reste l’avortement. De là à penser qu’en autorisant la connaissance de l’ADN du fœtus avant le délai légal d’avortement, on assisterait à une augmentation du nombre de demandes d’IVG, il n’y a qu’un pas. Clairement, il s’agit de l’enjeu éthique du XXIe siècle.

En à peine plus de cent ans, on semble s’être bien éloigné des préoccupations de mon arrière-grand-père… qu’en penserait-il? En guise de conclusion, je ne peux que vous livrer humblement, presque de manière simpliste, mon expérience personnelle. Avant d’être papa, j’avais imaginé un peu naïvement que j’aurais au moins un enfant de chaque sexe, comme dans les livres. Un jour, un ami m’a dit: “Tu verras, une fille, pour un père, c’est fantastique”! Aujourd’hui, j’ai trois garçons… et aucun regret!

Laurent Daube
laurent@haricotmagique.be
1Comment
  • evelyne
    Posted at 12:13h, 10 mars Répondre

    Comme je te comprends ! Ils sont formidables tes ( vos, nos) 3 garçons !!!!

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