Haricot Magique | L'arbre de Noël
Le premier café poussette de Bruxelles
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19 déc L'arbre de Noël

Pas plus tard que ce week-end, je découvrais sur Facebook une invitation de l’échevin de l’économie (… et des cultes) d’une grande commune bruxelloise à visiter un marché de Noël organisé au sein même… d’une église. Pas un édifice désacralisé qui aurait été transformé en quelque centre culturel surdimensionné, dissimulant mal ses origines et onéreux à entretenir. Non, une église de quartier qui tente de survivre au déclin de la pratique religieuse et dont on suppose que le prêtre en charge aura ouvert les portes aux commerçants, espérant au passage capter quelques “clients”. A chacun son business…

Il est loin le temps où Jésus chassait les marchands du temple! Il faut dire que ceux-ci ont, depuis, pris une belle revanche: aujourd’hui, les temples de la consommation que sont les shoppings et les grandes enseignes ont fait de la fête de Noël avant tout un événement commercial. Dès novembre, la plupart des magasins arborent des décorations, rappelant à ceux qui l’auraient oublié que, à Noël, il faut ouvrir grand son porte-monnaie. Et qu’en dépit du contexte économique difficile, c’est le moment de dépenser sans compter. Avec le risque que les comptes en banque partagent la gueule de bois de leurs titulaires à l’aube de janvier… allez, bonne année! :-?

Oui, je vous entends déjà me rétorquer que Haricot Magique a aussi profité du trend des fêtes pour promouvoir sa boutique en ligne, participer à des marchés de Noël (mais pas dans des églises, ouf! ;-)), booster son chiffre d’affaires… Bien évidemment. Nous ne sommes pas plus naïfs que d’autres et l’objectif de ce billet n’est pas de se tirer une balle dans le pied! :-) Simplement, nous tentons de ne pas tomber dans le piège de l’aveuglement dû au scintillement éblouissant des décors racoleurs. Nous ne serons pas de meilleurs parents, de meilleurs enfants, de meilleurs amis parce que nous aurons couvert nos proches de cadeaux onéreux issus des enseignes les plus ‘hype’ (et, à l’inverse, nous n’en serons pas de moins bons parce que nous n’en avons pas les moyens). Et, tant comme commerçants que comme clients, nous restons attentifs à l’origine des produits présents sur l’étalage: le scandale récent qui a éclaboussé le premier distributeur de vêtements au monde démontre – hélas! – que nous avons raison de demeurer vigilants.

Que l’on soit chrétien ou non, il est bon de se rappeler que la Noël est une fête universelle parce qu’elle marque un temps de réjouissance et de partage. Un temps d’arrêt, aussi, loin de l’agitation du quotidien. Ne ratons pas cette occasion qui nous est offerte de partager des joies simples avec celles et ceux que nous aimons. Comme, par exemple, décorer le sapin. Qu’il y a-t-il de plus futile, en apparence, que de passer deux heures à garnir de guirlandes et de sujets un arbre qui deviendra ‘persona non grata’ dès l’an neuf advenu? Et pourtant, la magie opère à chaque fois…

Déjà, à peine installé dans le salon, l’odeur typique du conifère fait resurgir en nous des souvenirs d’enfance. Ainsi, dans ma mémoire, le sourire de cette vieille dame qui, alors que je devais avoir 7 ou 8 ans, m’avait vu remonter avec difficulté la rue qui séparait le “magasin de sapins” de la maison, Papa tenant un côté de l’arbre et moi péniblement l’autre, et qui nous proposa gentiment son aide.

Vient le moment de décorer le nouveau pensionnaire. En commençant par les guirlandes électriques pour ne pas risquer de casser des boules par la suite. Bien sûr, toutes sophistiquées et colorées qu’elles soient, celles-ci ne remplaceront jamais le charme authentique des bougies. Elles offrent en revanche – il est vrai – un avantage indéniable sur le plan de la sécurité!

Ensuite, la tradition veut que ce soit l’enfant le plus jeune de la famille qui installe l’étoile au sommet de l’arbre (parfois remplacée par une pointe, une ‘pique’ comme on dit chez nous). Après quoi petits et grands déballent avec plus ou moins (‘moins ou plus’, devrais-je écrire… ;-)) de précaution les sujets qui vont progressivement embellir le sapin. Chaque boule, chaque sujet extrait de la boîte est comparable à des retrouvailles, avec un sentiment proche de celui que peuvent éprouver deux êtres qui s’étaient perdus de vue, au moment précis où ils se revoient.

Chaque ornement a ainsi son histoire, ses particularités, ses petits défauts aussi…

Progressivement, le sapin de Noël prend de l’allure, pour le plus grand bonheur de chacun, jusqu’à présenter l’aspect abouti souhaité. Quoiqu’éphémère, sa présence dans le foyer marquera durablement l’esprit des enfants, fascinés par cet arbre qui brille désormais de mille feux. Frédéric Gevers [1], qui a magistralement interprété « L’arbre de Noël » de Franz Liszt (1882), une suite romantique au charme subtil, a écrit très justement « L’enfant est animé par une force inépuisable, celle de sa croissance physique et spirituelle. Il découvre et admire le monde et est doué d’une immense imagination. »

Alors, prenez le temps de rêver avec vos Haricots, de retrouver au pied du sapin le don de l’enfance qui sommeille en vous, d’écouter ce silence admiratif: la simplicité de cet instant n’est-elle pas propice à accueillir la lumière de la Noël?

[1] Neveu de l’écrivain Marie Gevers, Frédéric Gevers était un pianiste belge de renommée internationale. Interprète de compositeurs tels que J.-S. Bach, R. Schumann, F. Liszt, P. Hindemith ou L. Mortelmans, il a effectué de nombreuses tournées, notamment en Europe, au Canada et en ex-URSS. Pédagogue de renom, il enseigna notamment au Conservatoire d’Anvers. Il fut à plusieurs reprises membre du jury du Concours Musical International Reine Elisabeth. Il est mort à Edegem en 1997.
Laurent Daube
laurent@haricotmagique.be
4 Comments
  • evelyne
    Posted at 10:14h, 19 décembre Répondre

    Que de justesse dans l’écriture de ce “billet” !
    Cette retranscription de souvenirs, de la mise en place du sapin dans une famille traduit exactement les sentiments que l’on peut ressentir en cette période de Noël. Et, une fois de plus, j’en ai appris des choses : l’année prochaine, je suivrai ton bon conseil Laurent.
    Placer d’abord la guirlande électrique, puis les boules fragiles. J’ai toujours fait l’inverse et…on ne m’y re -prendra plus! Et enfin, un souvenir: en 1987,j’ai assisté à la victoire d’Andrei Nikolsky au concours Reine Elisabeth avec F. Gevers comme membre du jury.

    P.S Tout autre chose :ils sont très jolis ces flocons de neige qui se déplacent sur l’ecran …

  • Jean
    Posted at 12:18h, 19 décembre Répondre

    Bien cher Laurent,
    Ton papa est en larmes à la lecture de ton article: la Noël
    autour de l’arbre m’est particulièrement émouvante. Moi aussi je me rappelle mon enfance, avec mon père, ma mère et ma soeur près du sapin; ils ne sont plus de ce monde aujourd’hui, et je me suis souvent dit que c’était un des moments que je désirerais le plus revivre dans l’au-delà. Ma mère était très audacieuse: aussi les bougies étaient-elles authentiques, et des fusées crachaient leurs étincelles pendant un court instant féerique.
    Bien sûr, je me souviens aussi de la montée pénible avec l’arbre que nous avions été chercher à deux, et de la main charitable de cette dame agée qui est venue nous tirer de notre très fâcheuse situation.
    Que Noël soit pour toi, Audrey et tes chers enfants un moment de bonheur intense et inoubliable!

  • Mad
    Posted at 14:06h, 19 décembre Répondre

    Super article, qui sent bon le chocolat chaud, les spéculoos et le feu ouvert dans un salon chatoyant :-)

    Merry Christmas à toute la magic team et rdv en 2012 (vraiment cette fois-ci) pour fêter dignement au moins tout ça !

    Gros bisous

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