10 nov L'attachement dès la naissance… Pas toujours une évidence!

Dépression-nouveau-né

“Ce sera le plus beau jour de ta vie” “Tu verras, dès qu’on posera ton bébé sur toi, tu oublieras tout le reste” “C’est magique!”

Ces phrases et bien d’autres encore, on les a toutes entendues durant notre/nos grossesse(s)…

Il se crée, lors d’une grande majorité des naissances, un lien unique, immédiat, intense entre le nouveau-né et ses parents.

Mais que se passe-t-il quand on ne ressent pas ce déclic?

C’est un sujet dont on a discuté un peu par hasard au Café Poussette, une super chouette maman et moi. Elle ne l’a pas ressentie lors de l’accouchement, cette bouffée d’amour immédiate pour sa puce. Elle arrive à en parler maintenant, mais le chemin a été long.

Et, depuis, elle en a rencontré, des mamans qui ont vécu ou qui vivent la même expérience qu’elle.

D’où l’idée de ce billet qui pourra, peut-être, rassurer certains parents.

F. voulait accoucher dans une salle nature, à l’hôpital, sans péridurale. Elle avait beaucoup lu sur le sujet des accouchements doux et souhaitait que le sien se passe de cette façon. Visite des lieux, contact avec l’équipe, tout s’était bien passé et le grand jour pouvait arriver.

Quand les contractions se sont manifestées et qu’elle est arrivée à l’hosto, la salle nature était occupée. Une petite contrariété prise avec le sourire, de toute façon, bébé était en route, il allait donc falloir accepter que ce soit un peu différent de ce qui avait été imaginé.

Différent, cet accouchement l’a été.

F. l’a vécu comme extrêmement violent. Elle a subi une descente d’organe et a du être recousue. Cela arrive, mais elle s’est sentie, durant un laps de temps assez long, émotionnellement absente de l’événement. Sa fille a été mise sur son ventre, mais elle n’a eu aucun contact visuel avec elle. C’est un point très important me dit-elle, cette absence de contact. Cela a empêché un premier lien de se nouer entre elles. Le papa était présent et s’est occupé de la petite aussi, mais F. s’est vraiment sentie à l’écart de ces premiers instants, comme absente.

Après cet accouchement difficile, l’allaitement n’a pas bien démarré non plus. La petite ne voulait pas de mise au sein, refusait de boire.

L’impression dominante était que rien ne se passait comme “prévu”, que tout était compliqué voire insurmontable.

F. ne se sentait pas connectée du tout à son bébé… Ce qui lui revenait, c’étaient des flash de l’accouchement, de sa violence et du traumatisme que celui-ci avait laissé. Durant le temps passé à l’hôpital, la petite a perdu du poids et déclaré une jaunisse. Les visites n’étaient pas nombreuses (c’était un choix des parents) et les visiteurs, focalisés sur le bébé, ne se sont pas aperçus du mal-être de F.

(J’imagine cela assez facilement d’ailleurs, on s’attend tellement à voir une image de bonheur et de plénitude lorsqu’on fait une visite à la maternité qu’on a vite fait de mettre une maman déprimée dans la catégorie des mamans fatiguées… Cela doit d’ailleurs être terriblement culpabilisant pour la maman/le papa d’entendre en boucle des “alors, heureux?” “Elle est magnifique, vous devez être super fiers” alors qu’on se sent inapte et qu’on s’en veut…)

Pour le papa, l’attachement, l’amour fou pour sa puce est venu assez vite: une nuit, dormant près d’elle (encore à la maternité), il a instinctivement étendu son bras pour la rattraper alors qu’elle glissait. Ce geste de protection a été le déclic: il était devenu papa et la prunelle de ses yeux était là.

F., une fois rentrée à la maison, s’est mise en pilote automatique. Nourrir, dormir, changer.

Une fatigue intense l’accablait, et durant les 2 premières semaines, le papa était en congé et est resté à la maison. Il s’est occupé de leur fille, elle avait le sentiment qu’il s’en sortait bien mieux qu’elle. Elle était toujours dans l’attente de ce fameux déclic qui allait la rendre maman pour de bon, entièrement, passionnément.

Elle ne sortait jamais seule de chez elle, passait ses journées seule avec sa fille. Les seules sorties se faisaient quand le papa était là. Cette situation a aussi généré des tensions au sein de leur couple, c’était une spirale sans fin.

Et puis, un beau jour, en tenant sa puce devant elle dans le fauteuil, durant un moment d’éveil, elle s’est sentie submergée d’émotion en la regardant. “C’est comme si un bouchon avait sauté” m’a-t-elle dit. D’ailleurs, en en parlant, elle en frissonne encore tant cela a été intense!

Depuis, le temps a passé et F. est maintenant une maman épanouie, heureuse et fière de son adorable puce.

Elle a, depuis, décidé de suivre une formation de Doula pour accompagner d’autres femmes durant leur grossesse et les premières semaines de leur vie de maman. Pour leur parler mais surtout pour être à leur écoute.

C’est ce qui m’a le plus manqué, me dit-elle, de l’écoute. Quelqu’un qui soit là pour me dire que oui, cela pouvait arriver, un démarrage difficile.

Mais que cela ne signifie absolument pas qu’il n’y a pas de solution.

Bon lundi!

Audrey Somers
audrey@haricotmagique.be
No Comments
  • jeny
    Posted at 15:01h, 11 novembre Répondre

    Perso, depuis que je suis devenue maman, j’offre le cadeau du bébé sur la liste via internet et en visite un cadeau pour la maman: Fruits, jus, chocolat,… C’est aussi un cadeau pour le papa et le bébé de voir maman un peu chouchoutée. Et la maman en général est très surprise que l’on pense à elle..

    • Audrey
      Posted at 17:26h, 11 novembre Répondre

      C’est une super idée effectivement :-)

  • Caroline
    Posted at 21:58h, 15 novembre Répondre

    Merci pour ce partage.
    Pas évident de détecter le mal être d’une maman lorsqu’on ne l’est pas encore… On ne veut pas s’immiscer, déranger les parents dans les premiers moments où ils découvrent leur petit bébé. Maintenant que j’ai vécu la maternité, je ferai bien plus attention aux futures mamans, même si j’ai eu la chance de bien vivre mon accouchement et que j’ai aimé être dans mon cocon.

    • Audrey
      Posted at 09:51h, 16 novembre Répondre

      C’est très juste! Il est souvent difficile de faire la part des choses entre ce qui serait intrusif et ce qui est utile… Les sensibilités varient tellement d’une personne à l’autre… Le fait d’être soi-même parent peut sûrement apporter un coup de pouce pour mieux appréhender ce type de situation, qui reste malgré tout délicate…

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