Haricot Magique | Nous sommes tous des Lamartine!
Le premier café poussette de Bruxelles
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17 oct Nous sommes tous des Lamartine!

De toutes les saisons, l’automne est sans doute celle qui a le plus inspiré le poète. Richesse des tonalités, douceur de la lumière: la nature se donne en spectacle en même temps qu’elle reflète la finitude de notre existence.

Nous sommes tous des Lamartine! Pas que chacun d’entre nous soit nécessairement un génie de l’écriture, non. Mais qui n’a jamais été ému, un après-midi d’automne, au détour d’un sentier, par la beauté romantique du paysage qui s’offrait à ses yeux? Le pianiste belge Frédéric Gevers – dont j’aurai l’occasion de vous parler plus longuement dans quelques semaines – disait de la nature en cette saison qu’elle est “fatiguée”. Et, paradoxalement, c’est à ce moment qu’elle nous en fait voir de toutes les couleurs, tel le bouquet final d’un feu d’artifice.

C’est donc à la faveur d’un de ces derniers beaux jours que nous avons emmené les Haricots à Meise, à une dizaine de kilomètres au nord de la capitale, pour leur faire découvrir le Jardin botanique national de Belgique.

Aaah… le « Jardin botanique national de Belgique »: déjà, y a-t-il moyen de faire plus romantique que cette appellation?

Comme son nom l’indique, il s’agit d’un des derniers joyaux du patrimoine culturel et scientifique belge à avoir échappé jusqu’ici à la communautarisation, au même titre que, par exemple, les Musées royaux des beaux-arts de Bruxelles, le Musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren, le Théâtre royal de la Monnaie ou encore… l’Orchestre national de Belgique!

Oui mais voilà, la toute récente sixième réforme de l’Etat aura eu raison du statut particulier de l’institution: le parc sera désormais flamand.

Le Jardin botanique est l’un des plus grands jardins de plantes dans le monde. Installé dans le domaine de Bouchout, après avoir déserté le centre de Bruxelles en 1958, il s’étend sur 92 hectares et compte plus de 18 000 espèces de plantes. Au centre du domaine s’élève, romantique et médiéval, un château entouré d’eau, avec un donjon crénelé. Avant d’appartenir à l’Etat belge, il fut un temps la propriété de Léopold II; celui-ci y installa sa sœur Charlotte de Belgique, qui y passa, dans les brumes de la folie, la plus grande partie de sa triste existence. A son sujet, Pierre Stéphany écrit [1]:

La fière Charlotte avait épousé en 1857 l’archiduc Maximilien d’Autriche. Plus attentive à l’ambition qu’à la prudence, elle se laissa trop facilement convaincre d’occuper au Mexique, avec son mari, un trône impérial apparemment soutenu par la France du Second Empire. La révolte de Juarez, l’arrestation de Maximilien anéantirent Charlotte. Elle courut en Europe, supplia inutilement Napoléon III, se jeta en vain aux pieds du pape Pie IX. Le 29 juin 1867, on apprit à Bruxelles la mort de l’empereur, fusillé par les rebelles. Un train spécial ramena Charlotte à Laeken le 31 juillet. On lui apprit prudemment la mort de son mari, mais déjà sa raison achevait de sombrer. Elle avait 27 ans et sa vie était finie. (…) Si l’esprit de Charlotte n’avait pas résisté à la tragédie, son corps était intact. Pendant plus d’un demi-siècle, elle allait lentement traverser l’histoire, ombre ignorée dans les couloirs de son château d’un autre âge, entretenant les fantômes du passé.

Aujourd’hui encore, il se dégage de ces lieux une atmosphère un peu mystérieuse et surannée, encore amplifiée par les ors de l’automne. Mais pour Haricot 3, les préoccupations sont d’un tout autre ordre. Après avoir gambadé joyeusement pendant cinq minutes à travers les allées du parc, vient LA question:

- “Elle est où, la plaine de zeux?”

- “Euh… il n’y en a pas!” :-?

- “Ze suis fatigué, ze veux rentrer à la maison!”

S’ensuivent moult râleries: franchement un parc sans plaine de jeux, a-t-on déjà vu ça? 8O Pour moi qui, petit, me promenais à Meise avec Maman chaque mercredi après-midi, ça va de soi! Mais pour notre Haricot 3… Bref, il nous faut déployer des trésors d’ingéniosité pour le distraire de la quête du Graal. “Oh les beaux champignons!”, “Tu as vu la taille du pin?”, “Et si vous ramassiez des glands?”, “Regarde cet arbre, comme il est beau!”, etc. Petit à petit, la magie opère et les enfants se laissent séduire par les atours de la nature. Laissez le charme agir… Il faut dire que le décor nous aide grandement: une débauche de couleurs s’étale sous nos yeux, au gré de nos pas. Salut! bois couronnés d’un reste de verdure! Feuillages jaunissants sur les gazons épars!

On flânerait bien des heures au milieu de cet écrin de verdure… mais un œil distrait jeté au cadran de la montre nous rappelle à l’ordre! C’est que le parc ferme tôt. Et nous voilà déjà en route vers la sortie, alors que les Haricots nous supplient cette fois de rester!

- “On veut être enfermé dans le parc!”

Eh oui, c’est sans doute ça, la magie de l’automne. Salut, derniers beaux jours!


[1] Pierre Stéphany, « La Belgique en cent coups d’œil », Editions Racine, Bruxelles, 2006.
Laurent Daube
laurent@haricotmagique.be
No Comments
  • evelyne
    Posted at 21:52h, 17 octobre Répondre

    Superbe reportage : photos , texte poétique , humoristique et instructif à la fois . Bravo Laurent, je suis impressionnée …. :-)

    • Laurent
      Posted at 09:04h, 18 octobre Répondre

      Merci! :-)
      Et on doit le reportage photo à Audrey!

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