Haricot Magique | Sous le désordre la plage!
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31 oct Sous le désordre la plage!

Deux mois déjà se sont écoulés depuis la rentrée des classes. Aux flâneries propres à la légèreté estivale s’est substituée la régularité métronomique du rythme scolaire. Dernier vestige d’une insouciance révolue, l’ambiance des cours de récréation semble avoir échappé un tant soit peu à cette reprise en main, au gré de l’animation née des camaraderies et des chamailleries du moment. Structurante par définition, l’école lutte, à sa manière, contre l’augmentation de l’entropie de notre société.

Vous avez dit ‘entropie’? :-) Petit rappel scientifique: le deuxième principe de la thermodynamique prédit que, sans apport d’énergie, un système évolue spontanément vers les états les plus probables, qui sont désordonnés. L’entropie est une mesure de ce désordre. Ainsi, si vous versez de la grenadine dans un verre d’eau, l’entropie du système – soit le contenu du verre – sera maximale quand, suite au mélange, la couleur sera devenue uniforme. Le breuvage obtenu constitue un état plus désordonné que l’état initial mais aussi plus stable (et accessoirement meilleur mais là n’est pas le propos). Et, qui plus est, la transformation est irréversible: la grenadine ne va pas spontanément se séparer de l’eau. Il en va ainsi de l’univers tout entier: l’entropie du monde tend vers un maximum… eh oui, c’est comme ça.

Vous aurez noté que j’ai bien dit “sans apport d’énergie”! C’est d’ailleurs parce que le monde dans son ensemble n’a pas atteint son entropie maximale que des évolutions sont encore possibles localement et qu’on peut par exemple se servir une grenadine… ou faire vivre une école! Et en l’occurrence, il en faut, de l’énergie, pour faire grandir nos enfants. Parents, instituteurs, éducateurs, directeurs… sans oublier les enfants eux-mêmes: chacun y a mis du sien depuis le 1er septembre! Car c’est bien le propre des êtres vivants de créer de l’ordre de manière non spontanée.

Mais tout a un prix: c’est sans doute la raison pour laquelle les visages des professeurs comme des écoliers sont apparus, au fil du temps, plus tirés, plus marqués. Aussi, le congé de Toussaint d’automne constitue-t-il pour chacun une respiration bienvenue au milieu de ce long quadrimestre.

Avec nos Haricots, nous avons choisi de mettre le cap sur la Côte belge de Vlaamse Kust pour profiter de l’air iodé à défaut du grand beau temps qui semble cette fois avoir déserté nos contrées pour de bon. Ceci ne nous a toutefois pas empêché de nous adonner aux joies de la plage, armés de bottes, d’écharpes, de vestes… mais aussi, bien sûr, de seaux, de pelles et de râteaux!

Combien de constructions éphémères ont-elles été érigées ici? Combien de châteaux forts, de trous et de barrages creusés inlassablement dans le sable? Combien d’ouvrages promis à une destruction certaine, tantôt léchés par les vagues, tantôt gommés par le vent? C’est que, peut-être encore plus ici qu’ailleurs, l’entropie, toujours elle, semble conduire inexorablement au désordre et à l’uniformité.

Alors, à quoi bon creuser? Tout effort est-il inutile et voué à l’échec? Ce serait perdre de vue que les notions d’ordre et de désordre sont souvent subjectives et résultent d’un choix entre ce que nous jugeons essentiel et accessoire. Et – ne nous y trompons pas! – ce qui est essentiel, c’est de voir la fierté de nos Haricots après avoir construit un château fort encore plus beau que celui de la veille, c’est de les entendre rire en ouvrant les vannes d’un barrage, c’est de se retrouver en famille ou entre amis autour d’une réalisation collective; bref, c’est de construire tous ces petits moments de bonheur, fussent-ils bâtis en apparence sur du sable, sur lesquels l’entropie n’aura pas de prise. ;-)

Bernard Werber n’exprime d’ailleurs pas autre chose quand il écrit, dans ‘Les Thanatonautes: « Nous ne sommes que des grains de sable mais nous sommes ensemble. Nous sommes comme les grains de sable sur la plage, mais sans les grains de sable la plage n’existerait pas. »

Laurent Daube
laurent@haricotmagique.be
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